
Lien essentiel entre la corde, fil de vie du
grimpeur, et les points d’assurage, le mousqueton tient une place de
premier plan dans la panoplie. Mais l’ampleur de la gamme de mousquetons
désormais disponible a de quoi laisser perplexe. Il existe en effet des
dizaines, voire centaines de modèles de formes, matériaux et donc
usages différents. Heureusement, il y a moyen de faire un point précis
sur cette «jungle».
Comment commencer autrement qu’en
rappelant les différents types de mousquetons existants ? Parmi ceux-ci,
il faut distinguer les mousquetons dits de progression de ceux de
sécurité. Pour éclaircir le tableau, disons schématiquement que les
premiers sont ceux qui servent à composer les dégaines ou à être placés
sur les coinceurs et que les seconds s’utilisent pour les appareils
d’assurage, les relais ou encore la via ferrata. On mettra d’emblée de
côté tous les modèles en acier qui n’intéressent pas le
grimpeur/alpiniste pour des raisons essentiellement de poids. En
revanche, ces mousquetons trouvent d’utilisation dans la branche
industrielle et les travaux acrobatiques, un domaine où les
sollicitations sur le matériel sont plutôt de l’ordre des tractions
statiques et où le poids du matériel n’a pas la même importance.
Concernant
la résistance des mousquetons, si elle varie légèrement d’un modèle à
l’autre, il n’est point vraiment besoin de s’en soucier au moment du
choix. En effet, même s’il est préférable, bien sûr, d’avoir un modèle
le plus résistant possible, il faut garder à l’esprit que tous les
mousquetons présents sur le marché ont forcément les certifications ad
hoc (norme CE) et qu’ils ne peuvent donc pas être défaillants sur ce
point. De toute manière, vu le niveau des forces auxquelles pourrait se
produire la rupture d’un mousqueton, il faut se dire que le corps humain
(et particulièrement les organes internes) serait irréversiblement
endommagé bien avant d’atteindre ces valeurs...
Toujours plus petit,
toujours plus léger
La tendance actuelle, comme dans bien
d’autres domaines, est à l’allègement et à la miniaturisation. Si l’on
ne peut que se féliciter de profiter de la première, la seconde n’est
pas forcément une affaire en matière de mousqueton. En effet, il faut
que le mousqueton garde un certain « volume » pour que sa prise en main
et sa manipulation soient aisées. Ce sera d’autant plus vrai en montagne
où l’on préférera parfois ne pas avoir à ôter ses gants pour
mousquetonner ! Il faut donc bien garder à l’esprit au moment du choix
quel va être l’usage de ces mousquetons. Si c’est pour de la grimpe
sportive, les petits et légers seront parfaitement adaptés. Pour une
utilisation plus variée, on choisira plutôt un modèle plus gros, certes
un peu plus lourd mais aussi, en contrepartie, plus manipulable et plus
robuste.
Doigt droit ou doigt coudé ?
Chacun
des deux a une fonctionnalité qui fait que leur association en dégaine a
depuis longtemps fait l’unanimité. Un choisira un doigt droit pour le
mousqueton à placer dans le point d’assurage car il offre souvent une
meilleure « prise en main ». On lui préfèrera un doigt coudé à l’autre
bout de la dégaine pour plusieurs raisons :
1 : la courbure du doigt
facilité l’introduction de la corde dans le mousqueton car la corde
vient naturellement se caler et appuyer dans le creux du « coude » et
ainsi ouvrir le doigt.
2 : l’ouverture proposée par un doigt courbé
est plus grande et donc mieux adaptée à faire passer deux brins de corde
par exemple.
3 : un doigt courbe permet de différencier le « haut »
et le « bas » de la dégaine. Cela évitera de l’utiliser dans le «
mauvais sens » ; en effet, le frottement d’un mousqueton contre du métal
(spit, piton...) peut créer un défaut de surface mineur mais apte à
abîmer le nylon d’une corde.
Doigt classique ou
doigt fil ?
Apparu depuis maintenant une dizaine d’années, le
doigt fil tend progressivement à occuper une place de plus en plus
importante sur le marché, même si le doigt classique demeure toujours
majoritaire dans les ventes. Au-delà de la pure considération du poids
moindre du doigt fil (ce qui n’est déjà pas si mal !), ce type de
matériel présente d’autres avantages, sans doute bien plus déterminants.
1 : lors d’une chute du grimpeur, il se peut que la dégaine, ne
travaillant dans son axe idéal au départ de la chute, vienne à subir un
violent mouvement au moment de la mise en tension de la corde. Lors de
ce mouvement et si le mousqueton dans lequel passe la corde vient à
percuter le rocher, le doigt subit une force tendant à le faire ouvrir
dans un « effet fouet », le mousqueton travaillant alors en résistance
doigt ouvert. Le doigt fil limite considérablement voire supprime cette
effet fouet.
2 : la surface d’une corde n’est pas lisse et, en cas de
chute, elle coulisse dans le mousqueton. Dans cette situation, le
frottement de cette surface non lisse crée des vibrations qui mettent
également le doigt du mousqueton en mouvement. De ce fait, le mousqueton
travaille quelques millisecondes en doigt ouvert. Là aussi le doigt fil
réduit nettement ce phénomène par sa nature « creuse », en comparaison
d’un doigt classique « plein », plus sujet à subir ces vibrations.
3 :
même si cela peut paraître étonnant, le doigt fil se révèle plus
résistant que le doigt classique plein. Ainsi, si le mousqueton se met
en travers dans la sangle et que la corde vient à appuyer sur doigt lors
d’une chute, le doigt fil résiste mieux !
Parmi les plus légers de
ces mousquetons à doigt fil, on notera les Black Diamond Oz
(28 g), Camp Nano 23 (23 g) et DMM Phantom
(26 g). En comparaison, un mousqueton classique pèsera 10 à 20 grammes
de plus, soit sur un jeu de 12 dégaines de 250 à 500 grammes de gain de
poids ! Le tout avec une sécurité au top...
Les mousquetons
originaux
Les fabricants ne manquant jamais d’ingéniosité,
quelques modèles de mousquetons offrent des solutions techniques
intéressantes pour pallier des cas de figures fâcheux pour le confort ou
la sécurité.
Il en va ainsi du DMM Revolver qui
propose un astucieux système de roulette intégrée au point de frottement
de la corde ! Cette roulette permet de limiter la friction sur le
mousqueton, donc le tirage, donc l’augmentation du facteur de chute
malgré la longueur de corde déployée. Et rassurez-vous, la roulette se
bloque au-delà d’une certaine force de traction afin de procurer de la
friction et donc du freinage en cas de chute. Vraiment bien vu...
On trouve aussi des
mousquetons à sangle captive. Point fort incontestable de ce type de
modèle, le fait que le mousqueton ne puisse pas se mettre en travers et
donc mal travailler et risquer d’exploser en cas de chute. Une riche
idée (DMM Mamba par exemple) mais qui présente deux
inconvénients.
1 : on ne peut pas retourner le mousqueton du haut
dans le cas d’un point d’assurage placé de manière à appuyer sur le
doigt.
2 : pour changer de sangle lorsqu’elle est usée ou abîmée, il
faut envoyer la dégaine en SAV chez le fabricant...
Quant au Kong Frog, son apparence ne fait certes plus penser à un mousqueton, mais c’est pourtant bien un « connecteur » permettant de relier la dégaine au point d’assurage. On pourra apprécier en particulier qu’il reste ouvert même si l’on ne maintient pas la pression sur les ergots (pratique pour mousquetonner à bout de bras !). Surtout, sa configuration unique lui permet de toujours travailler en position optimale puisqu’il ne peut se mettre en travers ou se trouver en position doigt ouvert (et pour cause, il n’a pas de doigt !). En contrepartie, sa polyvalence est malheureusement réduite car il ne peut pas se clipper sur tous les types d’ancrages. Ainsi de nombreux pitons et les broches scellées lui sont interdits d’accès. Dommage, on l’aime bien ce Frog...
Par mousqueton de
sécurité, on entend les modèles équipés d’un dispositif de verrouillage
du doigt. Il existe en différents systèmes : vis, virole, bague. Chacun à
une spécificité et donc un usage plus approprié.
1 : La vis
: c’est le système le plus classique mais aussi le plus polyvalent car
il y a peu de chance que la vis se bloque (poussières, gel...). Qui plus
est, la vis demeure manipulable même avec des gants. Dans cette
catégorie, on notera le système Screw Lock de Petzl
qui fait apparaître un témoin rouge sur le doigt lorsque la vis n’est
pas fermée.
2 : La virole : au lieu de suivre un pas de vis,
la bague de fermeture du mousqueton se manipule d’un cran à un autre,
de la position verrouillée à la position ouverte. Ce genre de système a
pratiquement disparu parce que fastidieux.
3 : La virole
automatique : les systèmes de viroles automatiques sont très
nombreux et nécessitent, dans de nombreux cas, une double voire triple
manipulation pour se déverrouiller afin de procurer une sécurité
maximum. Sur certains modèles, il faut appuyer sur un bouton pour
débloquer la virole puis tourner cette dernière pour pouvoir ouvrir le
mousqueton (Petzl Ball Lock), sur d’autres il faut
soulever ou baisser la virole (Kong Auto Block, Petzl
Triact, Cassin Big Click Triplex). On pourra
recommander ce type de verrouillage multiple par exemple pour un usage
sur le système d’assurance avec des enfants (afin qu’ils évitent, en «
jouant » avec la bague, d’ouvrir aisément le mousqueton).
Comme pour les mousquetons
de progression, on trouvera diverses formes de corps, mais on peut ici
plus aisément encore les catégoriser.
1 : Les asymétriques en D
: la forme du mousqueton a une forme en D de façon à procurer une bonne
ouverture du doigt tout en conservant une forme apportant le plus de
résistance au mousqueton. Ce sont les mousquetons les plus adaptés aux
appareils d’assurance.
2 : Les HMS ou poire : ils ont une forme en évasement vers le haut pour une très large ouverture. En outre, la partie haute du mousqueton est presque plate de façon à accueillir soit des nœuds volumineux (cabestan, demi-cabestan...) soit une double corde en coulissement.
3 : Les symétriques : ils ont une forme presque ovale avec le doigt parallèle à l’axe du corps du mousqueton. Ils allient une bonne résistance à une facilitation d’utilisation avec une poulie (mouflage). Cette forme symétrique facilite aussi le retournement du mousqueton dans l’ancrage en cas de besoin.
Dans cette catégorie des mousquetons de sécurité, quelques modèles très spécifiques. Le Petzl Freino est muni d’un ergot de freinage permettant d’augmenter le pouvoir de friction et donc de frein d’un descendeur ou appareil d’assurage lors de son utilisation en position de descente (rappel ou moulinette). Néanmoins, ce dispositif ne fonctionne que sur corde à simple...
Le DMM Belay Master est, lui, doté d’une pièce pivotante en plastique qui vient bloquer la vis du mousqueton. Cela présente un double avantage : celui de verrouiller complètement la vis certes, mais aussi celui d’empêcher le mousqueton de se retourner et au système d’assurance de se mettre en travers sur le doigt. Bien vu !
Si ce type de matériel était quasiment inexistant il y a une dizaine d’années, de nombreux fabricants s’y sont désormais attelés. Il faut dire que le marché est vraiment devenu important avec une pratique de cette activité en expansion, renforcée récemment par le développement des « parcs aventures » et autres « acro-branches », dans lesquels on utilise le même type de matériel. La demande suscitant l’offre, il y a aujourd’hui pléthore de longes et mousquetons dédiés à la via ferrata. On retrouve malgré tout dans cette catégorie deux grands types de modèles : ceux issus de l’alpinisme et ceux développés spécifiquement. Dans les deux cas, ces mousquetons sont conçus pour fournir des résistances très élevées de façon à répondre au mieux aux risques de rupture provoquées par des chutes à fort facteur de chute qui sont potentiellement envisageables en via ferrata.
Les modèles dérivés directement de la gamme alpinisme sont généralement des modèles de forme HMS qui répondent à la norme K (via ferrata). Leur système de verrouillage est la plupart du temps constitué d’une bague automatique à manipulation unique (généralement de haut en bas) pour simplifier le mouvement répétitif du passage de la longe à chaque point de renvoi du câble. On trouve parmi ceux-ci l’Edelrid Via Ferrata, le Petzl Vertigo, les Camp Ferrate et Adventurer ou le Simond Jumbo VFA... L’avantage de ces modèles ? Ils peuvent être adaptés sur la plupart des longes existantes, le tout pour un coût pas trop élevé, de l’ordre de celui de mousquetons classiques.
Les modèles spécifiquement développés pour la pratique de la via ferrata se présentent généralement avec un système de verrouillage double mais bien sûr manipulable d’une seule main. Il s’agit d’une gâche sur le côté opposé au doigt, sur laquelle il faut appuyer pour pouvoir débloquer le doigt lui-même. C’est la paume de la main qui appuie sur la gâche pendant que les doigts de la main, dans une préhension naturelle de l’ensemble du mousqueton, ouvrent le doigt du mousqueton. En outre, ces mousquetons spéciaux sont pour la plupart construits avec un emplacement dans le corps pour recevoir de manière captive la longe, là encore de manière à éviter mise en travers ou retournement dangereux du mousqueton en cas de chute. On retrouve parmi les meilleurs représentants de ces modèles le Camp Hercules, le Kong Tango, le Salewa Attac, le Mammut Brenta... La qualité et la performance ont un revers : un poids supérieur, mais surtout un tarif plus élevé de ces modèles.
Ce système a probablement
été l’une des étapes marquantes dans l’histoire du mousqueton puisqu’il a
révolutionné le lien entre le doigt mobile et le corps du mousqueton.
En effet, le mousqueton classique présente sur corps une gorge dans
laquelle vient s’emboîter une barrette logée dans l’extrémité du doigt.
Cela permet à la barrette, dans sa position normale en doigt fermé, de
solidariser le corps et le doigt et ainsi faire travailler l’ensemble
tel un « anneau ». Le système Keylock supprime cette barrette et donc la
nécessité de l’encoche sur le « nez » du mousqueton. L’un des premiers
exemples de ce type de mousqueton fut le Petzl Spirit,
rapidement suivi par quasiment tous les autres fabricants, dont certains
ont développé leur propre système comme, par exemple, Simond
avec le Spider.
Le gros gain de ce système est
d’offrir un mousqueton qui n’accroche pas que ce soit à l’introduction
ou retrait dans le point d’assurage ou au démousquetonnage de la corde.
Un grand bienfait pour les nerfs de l’utilisateur !
À noter que, par
essence, ce système n’a longtemps été disponible que sur les mousquetons
à doigt classique mais que des systèmes similaires (suppression de la
gorge sur le nez du mousqueton) sont maintenant disponibles sur certains
modèles à doigt fil (Mammut Bionic, Wild
Country Helium, DMM Shield).
Il
existe trois procédés de fabrication pour les mousquetons, tous prenant
comme matériau de départ un tube d’alliage d’aluminium pour des raisons
évidentes de poids.
1 : Le pliage : la barre de métal est
plié et recourbé pour donner la forme souhaitée au corps du mousqueton.
Si ce procédé est simple et peu coûteux, il ne peut en revanche que
délivrer des formes assez simples.
2 : Le matriçage à froid :
on plie la barre d’alliage de manière sommaire de manière à pouvoir la
placer dans des matrices. À l’aide de puissantes presses, on donne au
corps du mousqueton sa forme la plus proche du produit final. Il reste
ensuite à « fignoler » les petites imperfections. On procède donc à un
ébavurage du produit, avant de lui faire subir un traitement thermique.
Pour terminer, on passe aux étapes de finition au cours desquelles le
corps du mousqueton est, entre autres, poli puis anodisé . L’anodisation
consiste, par un processus électrochimique d’oxydation, à créé en
surface une couche de protection dure et homogène.
3 : Le
matriçage à chaud : on utilise le même procédé mais avec des
matrices chauffées et on façonne ici un métal qui est lui aussi chauffé
(généralement par induction) de façon à être plus malléable. Ainsi, on
peut obtenir des formes et des détails de haute précision comme
l’augmentation du volume de métal en un point stratégique du corps du
mousqueton que l’on souhaite renforcer ou sa réduction en d’autres
points que l’on préfère alléger. Qui plus est, ce type de fabrication
est, en général, la garantie d’une pièce à la finition parfaite en tout
point, gage d’une résistance du même acabit. Ce sont donc les produits
haut de gamme qui sont fabriqués de cette manière.
Dans
le domaine qui nous intéresse, soit celui des mousquetons à usage
sportif, la réglementation impose un peu moins de détails que dans celui
des mousquetons à usage professionnel. Malgré tout, de nombreuses
indications doivent apparaître sur le corps du mousqueton, de façon à
renseigner son utilisateur. Sont ainsi obligatoires :
- la marque
du fabricant
- les résistances (exprimée en kN)
en grand axe, petit axe et doigt ouvert
- le marquage CE
avec le numéro de l’organisme de contrôle
- le marquage UIAA
si le mousqueton répond à la norme UIAA
Certains types de
mousquetons ont en outre droit à un marquage spécifique par une lettre
majuscule qui en indique le type d’utilisation. Ainsi, pour les modèles à
usage sportif, on trouvera deux marquages :
- H :
pour les mousquetons HMS
- K : pour les mousquetons
de via ferrata (K pour Klettersteig, via ferrata en allemand)
À noter
que les mousquetons de type B sont les mousquetons de
progression mais que, dans la mesure où ils constituent le « tout venant
» en matière de sécurité, ils n’ont pas l’obligation d’avoir le
marquage B.
Il en va de même pour les type D qui
sont les modèles directionnels, soit ceux prévus pour accueillir une
sangle captive.
Pour terminer, certains fabricants peuvent ajouter un
numéro de série, de lot ou d’identification individuelle, mais ce n’est
pas impératif.
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